Communs et océan. Livre & tribunes parues sur ID4D

Communs et océan : le livre

Ce livre écrit avec trois collègues – deux anthropologues et un économiste –  présente une approche inédite de la question des communs en Polynésie au travers d’études de cas sur les espaces océaniques des lagons. Ces derniers sont porteurs d’enjeux économiques et sociaux complexes notamment du fait des interactions entre des acteurs multiples qui n’ont pas forcément les mêmes intérêts, sauf celui de conserver au lagon sa qualité environnementale. Le Rahui est un système de jachère traditionnel de la société polynésienne ancienne qui connait en ce moment une résurgence et qui s’apparente par certains côté à ce que la prix Nobel d’économie Elinor Ostrom a appelé les communs (Common Pool). Un des objets du livre est d’interroger le rapport entre cette tradition du Rahui et des nouvelles formes de gestion des espaces des lagons au travers de la notion de commun.

L’ouvrage est structuré en six chapitres. Les deux premiers, signés François Gaulme, portent sur le Rahui dans le Tahiti ancien et son retour dans le Tahiti moderne. Les trois chapitres qui suivent, signés Tamatoa Bambridge et Christian Montet, portent sur des études de cas et les enseignements qu’on peut en tirer du point de vue de la gestion des communs. Le sixième chapitre signé par moi-même est consacré à  l’opérationnalité pratique de la notion de commun, et pose par conséquent les questions de maîtrise d’ouvrage, de personnalité juridique et de la capacité d’emprunt, et plus généralement de la fiscalité et des outils de financement de l’environnement en Polynésie française.

Communs et Océan.
Le Rahui en Polynésie

Tamatoa Bambridge, François Gaulme, Christian Montet, Thierry Paulais

Au vent des îles, éditeur à Papeete

140 pages

Biodiversité : Thierry Paulais avec une raie manta dans la passe de Raroia, archipel des Tuamotu. Photo : Baptiste Le Bouil

Trois tribunes parues sur ID4D

ID4D (Ideas for Development) est une plate-forme d’échanges et de réflexions sur le développement durable animée par l’Agence française de développement qui existe depuis 2008 et compte 10 000 visiteurs par mois, des mondes anglophone et francophone.

J’y ai publié récemment trois tribunes, téléchargeables ici en français et en anglais, qui portent sur l’idée de commun, soit dans le sens de « monde en commun », soit dans le sens de Common Pool promu par la Prix Nobel d’économie Elinor Ostrom.

Un « monde en commun » : les avatars d’un concept encore en question

Cette tribune propose un historique de la notion de monde en commun depuis les stoïciens jusqu’à la période récente et le philosophe Habermas. Elle exerce un regard critique sur l’utilisation de ce concept par les experts de l’environnement et du développement, qui semblent considérer qu’il va de soi et que l’avènement d’une gestion commune de la planète est pour demain. L’opinion que j’exprime ici est, qu’à l’inverse, on assiste à un affaiblissement de cette notion dans un monde de plus en plus complexe et rempli d’antagonismes croissants.

Les limites des communs : le cas du Pacifique

Cette tribune se proposait d’examiner dans quelle mesure la notion de Common Pool, qui à l’origine suppose des frontières claires et concerne des communautés de petite taille, peut être élargie à grande échelle avec des activités de gouvernance imbriquées. Jusqu’où le concept de commun physique peut-il être étendu ? La tribune cherche à répondre à cette question sur la base de quelques exemples pris dans le Pacifique, d’abord à l’échelle locale puis à l’échelle de l’océan. Ses conclusions sont que, autant le concept de Common Pool est pertinent à l’échelon local, autant il serait inopérant à l’échelle de l’océan et ne saurait remplacer une nécessaire entente internationale entre Etats des pays riverains et des pays insulaires.

Hybrider les communs. L’exemple des lagons polynésiens

Cette tribune se prononce contre les partisans des communs « radicaux », qui ont une vision résolument anti-Etat et militent pour des communs autonomes gérés uniquement par les communautés. En prenant pour exemple des lagons polynésiens, je montre que cette idéologie du commun « radical » risque d’être contreproductive. Sans recettes, sans capacité d’emprunt, le commun radical n’est utile qu’à des problématiques de protection de la ressource, et encore. Le commun hybride pour lequel je milite par souci d’efficacité s’appuie sur les capacités notamment financières des collectivités locales et établit un dialogue entre les utilisateurs d’un commun qui peut être doté d’une personnalité juridique et les autorités locales.